Les bénéfices pour la population des politiques de mise en oeuvre des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), sont souvent (toujours ?) presentés par les pouvoirs publics sous l'angle de la praticité et de la performance (cette dernière renvoyant à la problématique de rationnalité budgétaire) : ainsi du traitement automatisé des données administratives en interne, de la mise à disposition d'informations diverses et sensées être très utiles aux citoyens dans leur vie quotidienne, ou encore de la possibilité d'effectuer diverses opérations à distance.
Ce volet "e-administratif" des politiques française et européenne de développement des NTIC, connait ainsi un essort très important : télé-déclarations et télé-paiements, télé-modification d'informations administratives en cas de déménagement, suivi de la réalisation d'une carte d'identité, etc.
Les NTIC semble de fait bien plus envisagées ainsi, que dans la perpective d'offrir aux citoyens des moyens d'analyse et de débat autour d'une information les concernant, mais qui ne se limiterait plus à quantifier ou à qualifier ces citoyens eux-mêmes, selon des critères pré-établies par l'administration et les pouvoirs publics. Des NTIC qui ne serviraient plus uniquement à diffuser, via un canal supplémentaire, une information "certifiée", mais bien à permettre de nouvelles formes d'échanges s'inscrivant dans le cadre d'une démocratie.
Cette information "officielle" était d'ailleurs au coeur de la génése du projet Notre Constitution Point Net. Il s'agissait de pallier au fait - proprement ahurissant- que le texte de la Constitution, par nature un hypertexte, n'avait pas été mis à la disposition des citoyens sous cette forme. Ces citoyens utilisateurs des services e-administratifs mentionnés ci-dessus ; ces très nombreux internautes à qui l'on vante les mérites de la "société de l'information", bien souvent au moyen d'arguments budgétaires et économiques, et en mettant en avant cette innovante "praticité". Pourquoi pas..
Mais est-ce que cette praticité ne devrait pas faire l'objet d'un questionnement, au cas par cas, pour chaque usage promu ? Certains semblent se le demander, à l'instar du collectif du site
Recul démocratique au sujet des machines à voter. On peut s'interroger en effet : pour quoi faire, vraiment, ces machines à voter ? Y-a-t'il des risques de fraude, et si oui quels sont-ils par rapport à la méthode classique de dépouillage manuel ? Quelles économies réelles ? Et d'ailleurs faut-il vraiment qu'on en fasse, dans ce domaine bien particulier de l'ultime prérogative citoyenne, de l'instant de vérité démocratique ?
A voir en effet ainsi forcé ce trait de la performance et de la praticité, dans la façon dont est remis en avant un processus de vote qu'on dit "désavoué", on peut se demander si les citoyens ne se verront pas rapidement proposé de voter à domicile (il n'y aura d'ailleurs qu'à attendre la nouvelle "carte d'identification"). Mais alors, dans quelle mesure l'engagement et la conscience citoyenne, nécessaires pour voter en conscience, pourraient-ils s'en trouver modifiés ?
Quand le moindre effort sera requis pour désigner celles et ceux qui ont mandat de représenter non seulement des courants d'idées -par nature immatériels- mais aussi des territoires, avec des vies en chair et en os, des voisins de palliers et de quartiers, ceux qu'on croise parfois un peu génés au moment d'aller aux urnes ; quand l'acte de vote sera totalement dématérialisé, découplé du territoire de vie ; quand la traduction des intentions de vote, se fera sans cette jonction de dernière minute avec le monde réel ; dans quelle mesure la notion de démocratie pourra-t'elle s'en trouver affectée ? --Sébastien Sauteur